Le vivre ensemble vient en dînant

Les « dîners du vivre ensemble », initiés par des Franco-turcs, s’inscrivent de plus en plus dans la tradition sociale de la France. Ces dîners, qui mettent en avant la diversité sous toutes ses formes, sont conçus par leurs organisateurs comme un moyen pour les participants d’échanger, sur fond de présentation de la culture turque. diner du vibre ensemble

Les « dîners du vivre ensemble », initiés par des Franco-turcs, s’inscrivent de plus en plus dans la tradition sociale de la France. Ces dîners, qui mettent en avant la diversité sous toutes ses formes, sont conçus par leurs organisateurs comme un moyen pour les participants d’échanger, sur fond de présentation de la culture turque.

Comment vivre ensemble ? Voilà une obsession bien française … en tout cas dans les débats nationaux. Mais le vivre ensemble est une réalité quotidienne et le fruit de compromis de tous les côtés. Justement, c’est la simplicité qui prévaut dans cette initiative très locale qu’est le «dîner du vivre ensemble», initié par la Plateforme de Paris.

Pour garantir ou améliorer le lien social, des associations fondées par des Franco-turcs réunissent de façon périodique des acteurs de la vie locale autour d’un dîner préparé par les bénévoles. Parmi les conviés, des élus – députés, conseillers régionaux – des représentants d’associations socio-culturelles. L’idée est simple.. et elle fonctionne. 25 villes en France sont concernées en janvier 2014, et selon les organisateurs, plus de 3000 personnes ont déjà participé à ces dîners.

Simplicité et convivialité

Ces dîners, qui valorisent la diversité sociale, culturelle et intergénérationnnelle, sont conçus par leurs organisateurs comme un moyen pour les gens de se rencontrer et d’échanger, sur fond de présentation de la culture turque. Les arts sont mis à l’honneur, avec des démonstrations de danse, de chant, de ney et de saz ou encore d’ebru (art du papier marbré).

Des prix du vivre ensemble sont remis, par exemple à des associations qui participent à la vie locale ou bien à des intellectuels dont le travail contribue à favoriser le dialogue, comme Catherine Wihtol de Wenden, spécialiste des migrations. A la fin de l’événement, de petits cadeaux sont offerts aux participants, en guise de souvenir, et en remerciement de leur présence.

Des invités qui témoignent de la belle ambiance de ces soirées. Madame Djaouda, invitée d’Etude Plus, nous raconte: «On s’intéresse à son voisin, et pas seulement pour se passer le pain».

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Il faut bien commencer quelque part

A Clichy-sous-Bois, Gonesse, Thiais, Livry-Gargan, Pantin, Rennes, Strasbourg, Marseille, Saint-Etienne, Oyonnax, Crosnes, ou encore Colmar, les participants repartent ainsi à chaque fois le sourire aux lèvres après avoir écrit des remerciements chaleureux sur le livre d’or de l’association organisatrice.

Le concept est mis en place par de plus en plus d’associations fondées par des Franco-turcs mais qui s’ouvrent à un public plus large… Pour n’en citer que quelques unes : Afcel 95, Kamélia, Gonca, Nenuphar, Marseille Réflexion, la Maison des dialogues, Horizon, la Plateforme de développement économique et social, Etude Plus, FEDIF Rhône-Alpes.

Mais qu’apportent réellement ces dîners, au-delà des discussions et des politesses convenues ? Un organisateur le dit assez bien : «Le vivre ensemble passe par le faire ensemble». Ces rencontres sont l’occasion d’amorcer des dialogues qui peuvent ensuite se transformer en projets communs et en actions collectives.

C’est l’avis de Pascal Popelin, député de la 12e circonscription de Seine Saint Denis et adjoint au maire de Livry-Gargan, et l’invité de plusieurs associations, qui nous explique : «[Ce dîner] nous a permis de nous connaître au départ. Maintenant il nous arrive très souvent de nous voir en dehors de ces dîners.» Il faut bien commencer quelque part.

Organiser ces dîners du vivre ensemble, c’est ne pas attendre que l’occasion d’agir se présente, mais la créer. C’est aussi penser que «ceux qui seront capables de s’en sortir sont ceux qui seront capables de coopérer entre eux», d’après Rodrigo Arenas, candidat EELV à la mairie de Montfermeil.

Faire le premier pas

Au fond, en organisant ces dîners du vivre ensemble, les communautés donnent leur vision de la socialisation dans le pays d’accueil. Une vision qui se distingue mais existe de façon apaisée. Le député Popelin l’a bien compris et décrit ainsi la communauté franco-turque: «Ils gardent leur culture tout en s’ouvrant aux autres, avec les dîners du vivre ensemble par exemple. On n’est pas dans une logique de revendication identitaire forte, qui est une forme de rejet du pays parce qu’on n’y a pas trouvé sa place».

Une vision qui postule notamment une responsabilité de la part du citoyen : celle d’aller à la rencontre de l’autre et de faire le premier pas. Un pas culturel aussi vers l’autre. Une invitée le dit bien : «Dans la culture de l’autre, il y a un petit bout de notre culture». En récompense, la joie des participants.

«Ca vient du coeur, ça se sent», s’exclame l’une des participantes du dîner organisé par l’association Kamélia. «On reviendra !», «Surtout n’arrêtez pas» renchérit une autre participante conviée par l’association Etude Plus à Clichy-sous-Bois.

L’INTERVIEW Pascal Popelin : « Aujourd’hui, il nous arrive très souvent de nous voir en dehors de ces dîners »

pascal popelin

Député de la 12e circonscription de Seine Saint Denis et adjoint au maire de Livry-Gargan, Pascal Popelin, qui a déjà assisté à plusieurs dîners du vivre ensemble confie à Zaman France ses impressions sur cette initiative associative.

En tant que député, vous avez assisté à quelques dîners du vivre ensemble. Qu’en avez-vous pensé ?

Je trouve que le nom même, l’idée de cette initiative résume une démarche à laquelle on ne peut qu’adhérer. Dans un département comme la Seine-Saint-Denis, dans un pays comme la France, faire en sorte que des gens de cultures différentes se découvrent et apprennent de leurs différences, c’est quelque chose auquel chacun doit participer. Nous avons des associations qui prennent l’initiative de le proposer, ville par ville.

A chaque fois que j’ai pu le faire, j’ai répondu à ces invitations. Ensuite, il y a le principe et il y a ce qu’on vit… Comme le fait de découvrir des habitudes culinaires que l’on n’a pas forcément et des coutumes, comme celle d’offrir un cadeau à la fin du repas à ses invités.

Parfois, retrouver des gens qu’on ne s’attendait pas à trouver là. Un parlementaire a aussi besoin de rencontrer des gens. Sur le marché, pour un tournoi sportif ou à l’occasion d’un vernissage culturel ou d’un dîner du vivre ensemble. Ça nous a permis de nous connaître au départ. Aujourd’hui, il nous arrive très souvent de nous voir en dehors de ces dîners.

Quels sont, selon vous, les obstacles au vivre ensemble dans notre société?

La méconnaissance pour beaucoup, pour quelques autres beaucoup moins nombreux mais plus actifs, la méchanceté, l’envie ou le repli sur soi. Le rôle de la collectivité publique est de faire en sorte que chacun se connaisse, se rencontre et s’enrichisse de ses différences ; dans le respect du pacte républicain, avec des règles de vie commune qui s’imposent à tous.

Nous avons un fonds commun, une nation ne se définit que par les points communs qu’estiment avoir ses membres, des règles et des lois qui sont admises par tous.

Votre circonscription s’étend sur six communes, où vivent de nombreux Franco-turcs…

Ils sont nombreux, mais en même temps, ils sont extrêmement discrets dans leur manière de se comporter. Il faut aller découvrir pour savoir qu’il y a plusieurs associations amies ou concurrentes qui, effectivement, fédèrent des Franco-turcs (c’est-à-dire des gens qui ont la nationalité française d’origine turque, des gens qui n’ont que la nationalité turque ou des binationaux).

C’est une communauté qui me semble globalement avoir plutôt bien réussi, qui a des moyens, des chefs d’entreprise qui contribuent, ce qui lui permet de s’organiser, d’avoir des locaux, de faire du soutien scolaire avec des professionnels et des structures organisées.

Comme dans toute communauté, certains s’y portent mieux que d’autres. Ils gardent leur culture tout en s’ouvrant aux autres, avec les dîners du vivre ensemble par exemple. On n’est pas dans une logique de revendication identitaire forte, qui est une forme de rejet du pays parce qu’on n’y a pas trouvé sa place.

En général, quand il y a une association qui a des locaux dans ma commune, j’en entends parler. D’autant plus si l’association a un caractère identitaire… Pour vous dire, la première fois que je suis allé dans les locaux de l’association Gonca, qui se trouve dans ma commune, l’association existait depuis longtemps et je n’en avais jamais entendu parler.

C’est-à-dire que les dirigeants de cette association se sont bien organisés, ils ont pu avoir des locaux et tout ça s’est fait sans susciter la crainte ou la suspicion. Je vous raconte mon vécu, peut-être est-ce extrêmement différent ailleurs.

Quels liens entretenez-vous avec la Turquie ?

Par le biais du Repas de l’amitié franco-turque qui est organisé chaque année à l’Assemblée nationale, j’ai l’occasion de rencontrer un certain nombre de responsables de ce pays. La Turquie a une approche assez dynamique de ses relations avec la France, on a des débats, notamment sur l’entrée du pays dans l’Union européenne, qui n’est pas simple. Mais quand on participe à ce dîner, on voit que les responsables turcs sont très impliqués et très ouverts pour développer les échanges économiques et culturels avec lFrance.

L’Interview en vidéo:

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